Fairphone, le smartphone équitable et durable

Fairphone, le smartphone équitable et durable

Laissez-moi vous raconter une anecdote. En début d’année 2016, je devais changer de téléphone portable. J’ai regardé différentes offres et finalement opté pour le modèle « Orange Nura 2 » proposé par l’opérateur du même nom. Après seulement 2 mois d’utilisation, oh malheur, je le fais tomber. L’écran est brisé. Bien sûr, je n’avais pas pris l’assurance « casse ». Il me faudra donc payer la réparation. Je vais dans une boutique Orange pour le changement d’écran. Là, on me dit que, comme je n’ai pas pris d’assurance, ils ne peuvent pas réparer mon téléphone ! Par contre, si j’avais pris cette fameuse assurance, j’aurais eu un téléphone neuf (un téléphone neuf alors que seul l’écran était cassé , comment dire…) ! Incroyable, le fournisseur de ce téléphone est incapable de le réparer !

En conséquence, je décide d’aller dans un corner d’une chaîne de réparation de téléphones, puis chez des indépendants…mais personne ne peut faire la réparation car aucun écran de rechange n’est disponible. Finalement, j’opte pour la solution du recyclage de mon smartphone. Mais, bien évidemment, aucun site de recyclage ne récupère ce modèle. Me voilà donc, 2 mois après l’avoir acheté, avec un smartphone inutilisable. Quel gaspillage ! Je vous entends déjà dire qu’il s’agit d’un cas particulier, que l' »Orange Nura 2″ n’est plus en vente, etc…Mais, avouez quand même que cet exemple représente toutefois assez bien l’état d’esprit et les manières de faire du secteur !

 

Or, c’est justement en faisant le constat que le marché mondial des smartphones était en retard total sur le plan de l’éthique et du développement durable, qu’une marque bien différente est née en 2013 à Amsterdam. Et c’est donc à un hollandais, Bas Van Abel, que l’on doit la première marque de téléphone équitable et durable. Elle s’appelle Fairphone !

Avec Fairphone, l’anecdote racontée précédemment ne serait jamais arrivée. Impossible ! La marque propose un smartphone dit « modulaire » dont toutes les pièces peuvent être changées. Peu importe ce que vous cassez, Fairphone possède les pièces de rechange, que l’on peut commander en ligne. Sur le site de la marque, vous pouvez acheter un écran, des vis, une caméra, un haut parleur, une carte mère, une batterie, un bouton de volume…bref, peu importe ce que vous avez cassé sur votre smartphone Fairphone, il y aura toujours une pièce pour le réparer. Et, pas d’inquiétudes à avoir concernant  le changement de matériel, un guide détaillé est disponible pour vous montrer comment réparer votre smartphone par vous-même. Fairphone assure même qu’un changement d’écran ne dure pas plus d’une minute (le démontage complet, lui, ne dépasserait pas les 5 minutes). On est ici très loin de mon anecdote d’introduction !

Fairphone, un smartphone modulaire et durable.

Fairphone, un smartphone modulaire et durable.

Mais Fairphone, ce n’est pas qu’un téléphone modulaire et durable. C’est aussi une marque équitable. Ce n’est pas un secret d’affirmer que le marché des smartphones a mis toute notion d’éthique de côté depuis bien longtemps. Les grands fabricants de smartphones sont régulièrement épinglés pour les conditions de travail peu humaines en vigueur chez leurs sous-traitants. Le travail des enfants dans les usines de ces même sous-traitants ont été prouvées plusieurs fois. Sans compter la pollution générée par les rejets de ces usines. En Chine, la « ville des cancers » est honteusement célèbre car un fournisseur de grandes marques de smartphones a pollué les nappes phréatiques avec un mélange toxique provoquant de nombreux cancers dans la population.

L’extraction des minerais et des terres rares nécessaires à la fabrication de tout smartphone engendre elle aussi des problèmes éthiques lourds. Les puits et mines sont creusés sans aucun respect de l’environnement ; et les hommes qui y travaillent le font dans des conditions parfois effroyables, risquant d’être ensevelis vivants comme cela fut le cas dans certains puits de République Démocratique du Congo. Et dans ce pays aussi, le travail des enfants n’est plus à prouver. De fait, l’Afrique, et principalement la République Démocratique du Congo et la région des Grands Lacs, est l’une des principales sources d’approvisionnement en matériaux et minerais pour l’industrie des smartphones. En RDC, on extrait notamment du cobalt, du tantale, du tungstène, de l’or…aujourd’hui baptisés « les minerais de sang » au vu des conditions d’exploitation des puits et des mines. Mais aussi car l’extraction de ces minerais finance des clans guerriers qui s’affrontent pour obtenir des territoires riches en ressources minières. En 2015, 27 conflits ont éclaté avec un enjeu minier pour cause.

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Bas Van Abel devant une mine « éthique ».

Quand les fabricants de smartphones sont questionnés sur ces problèmes éthiques et environnementaux, les portes sont closes et les langues liées. Sauf chez Fairphone ! Le fabricant a décidé de prendre le contre-pied de ses concurrents. Il est transparent sur son approvisionnement : le blog de Fairphone évoque sans concession l’origine des pièces et matériaux, sans éluder les difficultés que la marque peut rencontrer pour trouver des fournisseurs éthiques. Fairphone promet en tout cas des smartphones dont les minerais proviennent de mines exemptes de conflits. L’assemblage des Fairphones est certes réalisé en Chine (pour « changer le système là où il est le pire » selon son fondateur), mais génère un fonds utilisé pour améliorer le bien-être des salariés. Pour ses efforts qui tranchent avec le reste de l’industrie, Fairphone a reçu le label commerce équitable de Max Havelaar pour son deuxième et dernier modèle en date, le « Fairphone 2 ». En outre, la marque se fournit également en matières recyclées pour fabriquer ses modèles. Elle a conclu un partenariat avec l’ONG « Closing the loop » pour récupérer des déchets électroniques au Ghana et les réutiliser dans la fabrication de ses smartphones.

En grattant un peu, nous pourrions sûrement et facilement trouver des imperfections dans la chaîne d’approvisionnement et de fabrication des smarphones Fairphone, ou même dans son prix un peu élevé. Il n’y a pas de doute là-dessus. Mais cela n’enlève rien au mérite de Bas Van Abel et de ses équipes. Un mérite très grand. Il a littéralement démontré que l’on pouvait agir autrement dans une industrie fâchée depuis longtemps avec l’éthique et le développement durable. Et, finalement, la mission du fondateur de Fairphone n’est pas de devenir le nouvel Apple, mais bien de changer les habitudes de ses concurrents. Il a une vision différente du business. Naïvement peut-être mais réellement, il souhaite rendre son secteur et le monde meilleurs. Quand on lui demande de dire du mal des ses concurrents, Bas Van Abel, au contraire, loue leurs récents efforts éthiques et environnementaux. Il n’agresse personne. Il incite juste les autres à s’améliorer. Une vision différente du business, je vous disais…